trop de temps

Je ne suis pas seule. Ça semble généralisé parmi les mamans « désenfantées. »

Noter les dates, essayer de rendre compte de leur importance, de leur signification. Autour de moi, dans cette communauté virtuelle qui m’entoure, chaque jour importe. Chaque jour est un anniversaire, si petit ou si grand soit-il.

Je ne suis pas seule à être surprise de l’effet que ces dates me font, de l’emprise qu’elles peuvent avoir sur ma journée. Je suis surprise aussi quand une journée possiblement difficile se passe à peu près bien.

Nous sommes plusieurs à regarder les dates défiler, dans l’expectative, dans l’angoisse.
À être démolies parfois, soulagée d’autres fois.
À se rappeler où on était à pareille date l’année dernière, le mois dernier, la semaine dernière.

Comme les grossesses qui sont rythmées par les trimestres et le temps compté en nombre de semaines. Comme les tou-te-s petit-e-s dont on annonce l’âge en nombre de mois. Des systèmes de calcul plus ou mois hermétiques pour les non-initiés, autour desquels se regroupent les (futurs) parents.

aquiPaul aurait six mois. Il y a un an, le premier trimestre était enfin derrière moi et je rentrais à pieds joints dans la grossesse. Je commençais à accepter l’idée qu’être enceinte n’était pas/plus qu’une expérience dans ma vie, mais que c’était le début de la relation que j’aurais avec un autre être, mon enfant.

C’est aussi, à peu de choses près, le moment où j’ai commencé à sentir bouger la petite crevette qui flottait dans mon ventre. Tout doucement,la perspective de son arrivée s’est concrétisée. À mesure qu’a poussé mon ventre, l’espace mental occupé par l’aventure qui nous attendait a grandi aussi. À la fin de la grossesse, c’en était risible. Je ne pensais qu’à ça, qu’à lui ou elle. Plutôt elle à vrai dire. J’imaginais une petite fille.

Je regrette de n’avoir pas plus écrit pendant la grossesse. Je regrette de ne pas pouvoir relire les mots et les idées qui m’habitaient alors. c’est peut-être mieux ainsi. Ça me permet peut-être de briser la tentation de vivre dans ce passé encore récent où tout semblait si prometteur. Ça m’évite peut-être de tomber dans les comparaisons. Je ne peux que comparer mon état d’esprit actuel aux souvenirs que j’ai de la grossesse, de la naissance, de Paul.

Du temps partagé avec lui, je ne garde que quelques pages dans un petit cahier de bébé que je m’étais promis de remplir assidument. Dans mon téléphone, une note entamée date du 10 janvier :

Me réveiller pour allaiter et pouvoir t’admirer avec du

Elle s’arrête aussi vite qu’elle a commencé.
J’étais occupée à prendre soin de Paul.

Maintenant, j’ai tout le loisir nécessaire pour lui écrire, lui parler. Tenter d’être parent quand même, malgré l’absurdité de l’entreprise. C’est peut-être ce qui nous unit, les autres mamans sans enfant et moi. Tout ce temps soudainement libéré. Tout l’espace nécessaire pour vivre dans le passé, faute de se projeter vers l’avenir. On est ici, maintenant. Sans enfant. Avec du temps.

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2 réflexions sur “trop de temps

  1. There are too many significant dates to even contemplate, aren’t there?

    « Try to be a parent anyway, despite the absurdity of the company. » I agree, it feels absurd…, and to the point of drawing sobs from me daily. The hardest part is that the crux of what makes it absurd (for me, and I’m guessing for you and others) is not the parenting, in and of itself, but rather the parenting of this specific, unique child who is forever gone and dead. It’s impossible. And, so I join you in writing about our precious children, our grief, because it’s all we have.

    I regret not writing more, capturing more on photo and video, when Zachary was alive. But, we too, were busy living life with him in the NICU, pumping, trying to get C.T. to school and activities, living a double life. I even remember several times thinking about doing these things and I rather scolded myself, saying « enjoy, live in, these moments instead ». In hindsight, I would do it differently.

    Thinking of you and Paul…

    • Hindsight… so powerful yet so unuseful. We did the best we could at the time. But it is hard to be satisfied with that. I can’t imagine what it must have been like to try to offer some normalcy to C.T. while Zachary’s and your life were falling apart.

      (On a side note, google translate has its limits, i would have translated « Try to be a parent anyway, despite the absurdity of the endeavor. »… I am amazed you read my posts despite the language barrier !)

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