à P.

Il me semble que les dates « significatives » se bousculent à mon calendrier ces jours-ci. La vie de Paul a été si brève qu’elle se décline en dates très rapprochées les unes des autres, qui marquent profondément mon « calendrier personnel de deuil ». Elle a aussi contribué à inscrire dans ce calendrier des dates qui, autrement, seraient restées peu signifiantes, notamment la fêtes des mères et la fête des pères. Des journées qui  seraient passées inaperçues, ou auraient fait l’objet de critiques, mais qui sont maintenant alourdies par le manque.

Le deuil de Paul fait remonter en moi d’autres deuils qui s’entrecroisent, se nourrissent les uns les autres. Deuil de mon père, de ma mère, de la vie familiale simple, celle que j’ai eu enfant, celle que je n’aurai pas adulte… les pertes multiples s’entremêlent pour former un tout incohérent aux ramifications encore inexplorées.

Aujourd’hui, jour de brunchs et de cartes bricolées par les enfants, je pense à Paul, comme chaque jour. Je pense à mon père, avec qui j’aurais aimé me questionner sur l’institution de la fête des pères, remettre en question les croyances et les pratiques qui l’entourent. Ou faire carrément autre chose — une promenade dans la nature avec Paul, peut-être.

Je pense aussi au père que j’ai vu naître pendant les mois qui ont précédé la venue de Paul. Je pense au père qui s’est épanoui dans les moments du quotidien partagé avec son fils : le découvrir, dès les premiers instants à l’hôpital, le faire descendre tout doucement dans l’eau chaude du bain, le soupeser, le câliner, changer ses couches avec amour… Je pense au père qui reste le papa de Paul, malgré l’absence.

Comme ces jours-ci je me sens à la fois immensément impuissante mais aussi bizarrement brave, je partage ce texte écrit pour P.

Ça me brise le coeur de réaliser jour après jour que Paul ne grandira pas à tes côtés.
Tu es un papa extraordinaire et je voudrais tellement que Paul soit là pour en profiter. Depuis les tous débuts, et jusqu’à la fin, tu auras été une présence infaillible dans sa vie et dans la mienne.

Je me rappelle des mois où, au fil de discussions chuchotées, on a décidé qu’on voulait devenir parents tous le deux. Je me rappelle la fin décembre 2012, quand, après quelques tests pas trop clairs, j’ai été au CLSC pour en avoir le coeur net. On s’est retrouvé dehors et je t’ai dit que j’étais enceinte. Je me rappelle de ton bonheur. De ton empressement à aller acheter un cache-couche pour marquer ce moment. Je me souviens de notre joie, de la promesse de cette vie qui avait pris racine dans mon ventre. Je partais le jour même en France, on allait être séparés trois semaines.

La semaine suivante, je faisais une fausse-couche. Nous étions si loin l’un de l’autre. Mais tu étais là. Ces journées où je me suis projetée dans l’avenir, dans un futur où nous prendrions soin d’un bébé, puis d’un enfant, je les vois comme un prélude à l’aventure de la naissance et de la vie de Paul.

Une vie qui a elle aussi commencé par un voyage. Pendant les deux semaines que tu as passées à travailler au Nicaragua en avril 2013, j’ai doucement commencé à avoir l’impression qu’une petite bête avait décidé de faire sa tanière en moi. À ton retour, un test de grossesse nous l’a confirmé.

Et là, au delà de la joie initiale provoquée par cette petite ligne rose, je t’ai vu, au fil des semaines, devenir le père attentif et aimant que tu serais pour Paul. Que tu es.

Tu m’as accompagnée à chacun des rendez-vous à la maison de naissance, toujours à l’écoute de mes décisions et de mes incertitudes. Tu t’es émerveillé en entendant battre le coeur de notre bébé. Tu as pris soin de moi et de lui avec plus de patience que j’en aurai jamais. Tu nous as entouré de tout l’amour dont on aurait besoin pour sortir indemnes de l’accouchement difficile qui nous attendait. Pendant toutes les heures de travail avant la naissance de Paul, tu étais à mes côtés. Je me suis accrochée à toi comme à une bouée au milieu d’une mer agitée.

p&pJe me rappelle ton émerveillement en découvrant ton fils. Les moments où tu le couchais sur ton torse pour qu’il s’endorme au chaud, au rythme de ta respiration. Je me sentais tellement bien en vous voyant tous les deux comme ça. La vie était parfaitement simple. Je t’entends encore fredonner la chanson de Pablito. Je te revois au chalet, lire un livre à Paul pour la toute première fois. Je vous revois tous les deux, lovés dans le canapé et je n’arrive pas à concevoir que nous allons devoir vivre sans Paul. Toutes nos vies sans lui.

L’absence de Paul me ronge mais je m’accroche, un peu en suivant ton exemple, beaucoup en m’appuyant sur toi.

Toi qui as su m’épauler alors que je pensais perdre la tête et perdre pied pendant les journées passées au CHUL. Toi qui as accompagné Paul jusqu’au bout avec toute ta douceur et tout ton amour. Toi qui as su prendre en charge tellement de choses, petites et grandes, que j’étais incapable de faire. Toi qui as trouvé la force de raconter l’histoire de Paul à tant de gens pour que sa vie et sa mort soient consignées dans les mémoires de toutes les personnes qui nous entourent. Toi qui continues de faire vivre notre petit marcassin dans ta détermination à continuer d’avancer.

merci de ta présence à mes côtés.
merci de me faire découvrir le papa fantastique que tu as été. que tu es. que tu seras.

je t’aime.

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