bébé Paul

Soirée d’assemblée générale. Je dois présenter notre travail de la dernière année. Je me lève, je prends la parole. Les mots sortent de ma bouche, tout naturellement. Comme si de rien était. Comme si la dernière année n’avait pas été un désastre total.

J’entends ma voix. Je crois que le ton est quasiment enjoué. Mais la conscience qui m’habite à ce moment là coupe ma lancée « naturelle ». Je me vois de l’extérieur de moi. Je me vois à travers les yeux des personnes qui me font face. Je me demande si elles peuvent voir ce qui m’habite. Si l’incompréhension qui me mine transparait dans les phrases que je prononce.

PAUL ME MANQUE
JE NE SAIS PAS VIVRE SANS LUI

J’assume les majuscules. Je veux hurler.
Dans tout l’enrobage qui entoure les relations sociales que l’on entretient entre adultes, on réussit habilement à camoufler la douleur de la réalité. Dans la politesse, dans l’attitude « professionnelle, » on perd le vrai. Des fois c’est peut-être pour le mieux. Souvent, ça me donne envie de crier.

Mercredi, au milieu de la journée de mon anniversaire, et au milieu d’une réunion de travail impromptue, j’entends cogner à la porte juste derrière moi. Mon amie et son petit garçon se tiennent à la porte. Il est enrhumé, caché derrière un bouquet de fleurs jaunes. Un petit moment de soleil dans ma journée d’anniversaire où le travail a pris le dessus. Sur la toute petite carte qui accompagne les fleurs:

Quand je vais être plus grand, je vais monter sur une échelle et attraper bébé Paul avec mes bras pour te le ramener.

 

bébé Paul… C’est le nom qui semble s’être cristallisé dans la tête de plusieurs enfants qui m’entourent, plus ou moins proches de moi. Entendre les enfants parler de bébé Paul, ç’a quelque chose de rassurant pour moi. Comme si les courtes années qui les séparent de Paul les rendent plus proches de lui, même dans la mort. Comme si leur façon de percevoir cette réalité, la mort, était plus saine et plus simple que celle de bien des adultes.

Je veux que ces petites et ces petits continuent de faire vivre Paul à travers leurs mots, à travers leur imagination. Les enfants qui existaient déjà, avant Paul, je veux qu’ils continuent d’être là. Il sont pour moi une source de réconfort, d’espoir.

Mais je voudrais que le temps se soit arrêté le 1er février dernier. Que les bébés aient arrêté de naître. Que les bébés qui n’étaient pas là avant Paul ne puissent pas exister. Je vois bien l’absurdité, voire la violence, de ce sentiment. Mais il prend tellement de place en moi qu’il en est paralysant.

Je veux que Paul reste le plus petit. Mon tout petit Paul.

(une image dont j’ignore la source mais qui m’a fait pensé à un autre enfant pour qui Paul a aussi une existence céleste…)

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2 réflexions sur “bébé Paul

  1. I know what you mean. Wearing a mask for other adults, for work or play, can be so stunting. Sometimes I just want to force the nonsense to stop – to be blunt and ask everyone to stop pretending that everything is ok, that I am ok. But mostly, I try to just suck it up and play nice because that is what is socially acceptable. At work, you clearly need to do that. I remember those days.

    I saw a woman today at (C.T.’s) soccer class, carrying her infant (probably 1 month younger than Zachary would be) in a carrier. Time pushes ahead. Babies that were born after Zachary, have now well outgrown him. This woman and her child are proof. I held it together until we got into the car and then I wept, inconsolable for a few minutes, C.T. racing to get me some tissue. Like you, although young children are mainly a source of comfort, all the happy mommies and babies seriously make me ill. It can ruin me for several hours at a time…

    • I guess all these feelings are common… it makes my head spin when i think of all the time these babies and their parents have in front of them to enjoy each others’ company…

      At the same time, i try to remind myself that among all of these people whom i perceive as only happy, some must be living through difficult times or grief. Or they will eventually. (And reading you and other bereaved parents helps me tremendously to remember that.)

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