les petites choses

Le retour au travail, c’est mille petites choses auxquelles il faut penser. Mille petits détails que je me faisais un plaisir de régler. Avant. Avant que mon cerveau ne se rebelle, avant qu’il ne juge que les détails de la vie de tout les jours ne méritent pas toute son attention.

J’ai repris le travail en me disant que ça me ferait du bien de m’occuper, de structurer mes journées. Tant qu’à tourner en rond dans la maison, je préférais me rendre utile. J’avais envie de renouer avec ce sentiment d’accomplissement qui prend source dans les choses bien faites. Ou à tout le moins, dans le fait de faire les choses. De cocher un à un les éléments de ma liste de chose à faire.

Ces jours-ci, le travail déclenche surtout en moi des sentiments d’inefficacité, d’incompétence. Des petits moments de panique quand je me rends compte, pour la deuxième ou la dixième fois de la journée, que j’ai oublié quelque chose. J’essaie de dédramatiser. Je tente de faire taire mon monologue intérieur, la voix intransigeante qui m’habite. Mais l’impression qui me colle au cerveau, c’est celle de ne pas être à la hauteur. Même si je tente de me convaincre du fait que ces petits oublis ne sont pas dramatiques, un sentiment d’impuissance monte en moi. Je sens le besoin de me justifier, face aux autres, face à moi-même aussi. Les heures passent. Je me sens un peu comme dans un de ces rêves où je me retrouve à un examen sans y être préparée. Surprise et angoissée. Sans trop comprendre ce que je fais là, le cœur qui se débat, les jambes pas trop assurées.

Quand le téléphone sonne au travail, j’ai peur d’avoir oublié une rencontre, d’avoir ignoré une information importante. Je stresse en voyant que dans ma boite courriel, les messages s’accumulent sans que je réussisse à prendre le dessus. Alors même que j’écris ces mots, je me rends bien compte de la futilité de ces inquiétudes. Je n’arrive pas à m’en dégager pour autant.

Les petites choses du quotidien me pèsent. Elles pèsent, même si elles sont si peu. Même si je vois bien qu’elles ne valent rien.

carrés_paulJe ne m’en libère que dans le temps et l’espace que je réserve à Paul. Dans les moments passés à penser à lui, à parler de lui, à prendre soin de lui, comme je peux. Dans l’effort, même minime, consacré à planter des herbes et des poireaux malgré l’absurdité de m’occuper de petites pousses vertes alors que mon bébé ne pourra jamais sentir leur odeur fraîche. Dans les temps de réflexion, d’écriture. Dans les petits projets qui lui sont consacrés.

Dans les deux heures passées, l’aiguille à la main avec une des matantes du petit marcassin, pour lui fabriquer des petits carrés de souvenir et d’espoir.

[je pense toujours à toi, mon amour]

 

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2 réflexions sur “les petites choses

  1. You know, I remember feeling the same way at work – incompetent, forgetful, incomplete re: attention to detail – after B.W. deid. I hoped it was only me who really noticed. Now that I have only my living son to « answer to », I am certain he knows that I am not doing my job very well. Fortunately, for a 6-year old, he has a great deal of patience.

    I wish the planting and caring for your garden weren’t futile, that Paul was here to touch and smell them, and you to watch him experience it. I imagined wearing Zachary in a sling this spring while planting our garden with vegetables. We decided it would be too painful to plant an entire garden (without Zachary) and instead just did a couple of potted herbs and tomatoes.

    We are both doing our best, I suppose.

    • I find it difficult to be satisfied with what my « best » has become…

      I can only imagine what it must be like dealing with these feelings when your work is to take care of a child. But perhaps it is comforting for you son to know how much you love his brothers and therefore, how much you love him…

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