un peu de temps

IMG_7363_Fotorje suis tombée en congé
comme tombée de ma chaise

sans travail pour rythmer mes journées
sans contrainte. sans but
sans enfant, plus que jamais
sans Paul

j’ai passé deux jours avec son cousin
bébé chronophage, comme les autres

j’ai occupé mon temps à
regarder son sourire
tenter d’imaginer celui de Paul
le voir marcher à quatre pattes
me demander si Paul pourrait déjà le suivre
me sauver un peu aussi

Paul ne régit plus mon temps

bien malgré moi
je peux choisir
quand m’en occuper
quand materner son souvenir
quand faire autre chose
pour un temps

l’essentiel et le reste

Paul est né au début du mois de janvier, dans un coin du monde où il fait froid, pendant un hiver particulièrement rigoureux. Quand nous quittons l’hôpital, trois jours après sa naissance, il fait un froid mordant, le sol est glissant et accidenté, la glace est figée sur les trottoirs. Les routes sont enneigées et cahoteuses, me rappelant à chaque soubresaut de la voiture la cicatrice au bas de mon ventre, celle que j’essaie d’oublier parce qu’elle m’évoque ce que je considère comme un échec, cette césarienne que je voulais tellement éviter.

Dans les jours qui suivent, j’attends impatiemment de pouvoir sortir dehors. Ça fait plus d’une semaine que je suis à l’intérieur et l’air frais me manque, mais la météo s’acharne sur notre cas. Après le froid, c’est le déluge de pluie verglaçante, puis le retour du gel, rendant les trottoirs et les rues impraticables. Les sages-femmes en visite pour faire le suivi avec Paul doivent s’accrocher l’une à l’autre pour parcourir les quelques mètres entre leur voiture et notre porte d’entrée. Lire la suite

pour (essayer d’) en finir avec l’auto-censure

On dit qu’une personne est lourde quand elle nous semble se vautrer excessivement dans des émotions perçues comme négatives – par exemple la colère, l’anxiété et la tristesse. Le mot ‘lourdeur’ a une connotation péjorative et, de fait, est porteur de censure. On peut donc l’utiliser comme bâillon, de façon à ne pas avoir à gérer les émotions de la personne en face, à ne pas subir un drain émotif malvenu.

Mimi

La fête nationale. Une part de moi s’en fout un peu, et je ne me sens pas l’énergie d’exposer des critiques politiques/constructives à ce moment d’étalage collectif d’un nationalisme un peu vide. De toute façon, plein de gens l’ont fait tout à fait adéquatement et se sont fait un plaisir de le partager sur leur réseau social de choix. Alors pour ma part, je n’ai pas partagé à ma ribambelle « d’ami-e-s » ce que j’en pensais. Pourtant, j’avais le temps. Et, au fond, j’avais quelque chose à dire.
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le renard

Au fil des textes écrits par des parents endeuillés et des rencontres de groupes de soutien, je découvre qu’il n’y a pas que ma grand-mère qui croit que les personnes décédées envoient des signes. Qu’elles nous protègent. Qu’elles nous parlent.

J’entends certains parents parler des signes envoyés par leur enfant décédé et une part de moi aimerait y croire. Une part de moi voudrait voir les petits événements de la vie qui me rappellent Paul comme des signes de lui, littéralement. Évidemment, je croise sur mon chemin plein de signes de la présence de Paul. Il est constamment avec moi, en moi, alors je comprends les moments qui se démarquent du quotidien à la lumière de ma relation avec Paul, en fonction de son absence.
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les nuits

Je sens le museau mouillé de Lula me pousser doucement sur la main. Je me réveille à moitié. Je lui dis de retourner dans son panier. Il pleut fort. Je n’entends pas d’orage mais apparemment, Lula capte des bruits de tonnerre au loin, qui me sont imperceptibles. Elle s’agite, se couche, se relève. Tourne et se retourne. Le cliquetis de ses griffes sur le plancher m’empêche de me rendormir. Je me lève pour aller chercher le vieux peignoir dont on se sert pour l’essuyer quand elle est mouillée. J’en recouvre Lula, lui fabricant une petite tanière. Elle s’apaise enfin.

Je retourne me coucher le cœur chaviré. Le temps d’un instant, j’ai senti la satisfaction d’avoir répondu à un besoin pressant, d’avoir accompli un devoir, d’avoir pris soin. Puis, dans ce demi sommeil, je réalise à quel point j’aurais voulu avoir à me réveiller pour mon bébé. Les nuits lourdes et ininterrompues ne sont plus gage de repos mais de désolation. Lire la suite

guilt

J’écris en ce texte en anglais parce qu’il présente des réflexions que j’ai eues à la lecture de textes et de blogues en anglais…

 

IMG_6816Since Paul died, I’ve searched the internet looking for online resources and spaces that did not involve angels. In the weeks following his death, I travelled to Columbia, taking refuge at a friend’s house, far away from all the spaces that reminded me of Paul. I had had a strong urge to leave home, to be away from the river banks where I had taken my last walk with Paul, away from the store we were in when his heart stopped, away from the birthing centre, the hospital. Away, away, away. Lire la suite

à P.

Il me semble que les dates « significatives » se bousculent à mon calendrier ces jours-ci. La vie de Paul a été si brève qu’elle se décline en dates très rapprochées les unes des autres, qui marquent profondément mon « calendrier personnel de deuil ». Elle a aussi contribué à inscrire dans ce calendrier des dates qui, autrement, seraient restées peu signifiantes, notamment la fêtes des mères et la fête des pères. Des journées qui  seraient passées inaperçues, ou auraient fait l’objet de critiques, mais qui sont maintenant alourdies par le manque.
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bébé Paul

Soirée d’assemblée générale. Je dois présenter notre travail de la dernière année. Je me lève, je prends la parole. Les mots sortent de ma bouche, tout naturellement. Comme si de rien était. Comme si la dernière année n’avait pas été un désastre total.

J’entends ma voix. Je crois que le ton est quasiment enjoué. Mais la conscience qui m’habite à ce moment là coupe ma lancée « naturelle ». Je me vois de l’extérieur de moi. Je me vois à travers les yeux des personnes qui me font face. Je me demande si elles peuvent voir ce qui m’habite. Si l’incompréhension qui me mine transparait dans les phrases que je prononce. Lire la suite

les petites choses

Le retour au travail, c’est mille petites choses auxquelles il faut penser. Mille petits détails que je me faisais un plaisir de régler. Avant. Avant que mon cerveau ne se rebelle, avant qu’il ne juge que les détails de la vie de tout les jours ne méritent pas toute son attention.

J’ai repris le travail en me disant que ça me ferait du bien de m’occuper, de structurer mes journées. Tant qu’à tourner en rond dans la maison, je préférais me rendre utile. J’avais envie de renouer avec ce sentiment d’accomplissement qui prend source dans les choses bien faites. Ou à tout le moins, dans le fait de faire les choses. De cocher un à un les éléments de ma liste de chose à faire. Lire la suite

Comment faire face à l’indifférence? Au fait que personne ne semble reconnaître l’existence de mon enfant?

Si Paul avait été là, cette fin de semaine passée en compagnie de dizaines de gens que je ne connais qu’un petit peu aurait été ponctuée par les questions, les sourires, les photos… Je le sais parce qu’avant de partir en congé de maternité, j’avais reçu de ces mêmes personnes des conseils, des encouragements, des souhaits de bonheur et des témoignages de leur expérience de parents. Lire la suite