les tranchées

lesideesRécemment, j’ai lu Les tranchées, ouvrage collaboratif écrit par Fanny Britt sur la maternité.  Son sous-titre, « Maternité, ambiguïté et féminisme, en fragments, » m’avait accroché lors de sa publication, qui coïncidait avec la fin de ma grossesse. Le temps de le commander et de le recevoir par la poste, Paul était arrivé et occupait tout mon temps. Puis, la réalité a basculé, Paul est décédé. Me laissant face à un vide immense. Et sans aucune envie de lire des réflexions sur l’ambiguïté de l’expérience maternelle. L’extrême désarroi et les sentiments d’ « inadéquatitude* » qui m’habit(ai)ent expulsaient tout désir de réflexion féministe de mon esprit.

Finalement, la semaine dernière, poussée un peu par une l’envie de penser à autre chose que moi-même et mon enfant et beaucoup par l’envie (malsaine) de me fâcher contre un livre qui, je croyais, évacuerait mon expérience de la maternité, j’ai ouvert Les tranchées.

Un peu fébrilement au départ, je m’y suis cherchée.

Je me suis trouvée.

Dans des petits bouts de la réalité des autres, ici et là.

Dans le « Catalogue des mères » (!)

Celle qui sort une boite de céramique faite par elle quinze ans plus tôt pour y mettre les cendres de son fils.
(p.55)

Puis j’ai repris du début. J’ai tout lu. Et je me suis reconnue.

Dans les mots d’une femme qui découvre la garde partagée :

Est-ce qu’on peut vraiment être une mère sans les gestes qui nous constituent comme telle?
(Madeleine Allard, p. 40).

Dans le dialogue de deux femmes dont les mères ont perdu un fils.

Alors, toujours, j’entends ma mère : « J’ai choisi de vivre. »

Un choix qui n’amoindrit pas la douleur, qui ne banalise pas le deuil, qui ne lui enlève pas sa peau écorchée vive.

Mais un choix tout de même.

(p.96)

Dans la douleur de l’infertilité, aussi. Et ailleurs encore.

Au fil des pages…

Je suis là. J’existe.

La lecture de ces Tranchées n’a pas été sans heurt — ce n’était probablement pas là l’objectif de l’auteure. J’aurais certainement des critiques à faire, dans un autre contexte, mais l’ébullition mentale que cette lecture a déclenché chez moi m’a fait du bien. Aujourd’hui, je sens mon esprit vagabonder du côté des idées, s’affranchir, l’espace de quelques instants, de l’immensité des émotions étouffant la pensée.

J’y reviendrai.

 


* mot parfait de Fanny Britt, (p.23) dans Les tranchées, 2013.

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3 réflexions sur “les tranchées

  1. Je suis en train de le lire… et j’ai pensé à toi aux mêmes parties que tu cites. J’ai pensé à des tas de mères à plein d’endroit de ce livre. À plein d’autres, je ne me suis pas reconnue. Je pense que le défi de l’ambigüité est rempli. J’aimerais entendre tes autres critiques sur ce livre :), je me dépêche de le terminer alors en espérant que, des semaines plus tard, tu les aies encore en tête.

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