les hauts et les bas

Dans les semaines qui ont suivi la mort de Paul, on nous l’a répété. C’était écrit aussi, dans les messages et les cartes : « vous allez avoir des hauts et des bas. »

Je ne m’étais pas rendu compte à quel point.

Mes souvenirs des mois après la mort de mes parents sont assez diffus. Dans un cas comme dans l’autre, les mois avant le décès avaient été déterminants. J’ai vu venir l’inéluctable, je m’y étais préparée. Je l’avais attendu. Les jours et les mois qui ont suivi l’un et l’autre des décès n’ont pas été marqués d’émotions extrêmes. J’ai continué d’avancer, un peu embrumée mais fonctionnelle.

Mes seuls souvenirs de la période de deuil suite au décès de ma mère se résument en deux mots : inconfort et silence. Plus tard, après la mort de Jacques, je me suis occupée à apprivoiser cette nouvelle vie qui s’ouvrait devant moi. 18 ans tout frais. Plus de parents. Un logement soudainement trop grand, qui venait avec trop de chaises, trop de responsabilités, trop de souvenirs. Alors j’ai tourné mon attentions vers l’école, l’asso, les colocs, les projets de voyages, les relations pas toujours bien choisies.

Je n’allais pas bien. Mais j’allais. Lentement et sûrement.

Le 1er février 2014, le monde m’a semblé arrêter de tourner. En fait, il était coincé depuis déjà trois jours dans ces limbes entre la vie heureuse et simple et belle, rythmée par les premiers balbutiements de Paul, et la cruauté de son absence.

Notre sortie des soins intensifs du CHUL avait des points communs avec notre sortie de Saint-François d’Assise, quatre semaines auparavant. Pour la deuxième fois, j’étais étonnée de passer les portes de l’hôpital pour m’apercevoir que la vie avait continué sans nous, à l’extérieur. Cette fois-ci par contre, j’avais troqué le bébé et le bouquet de fleurs pour un énorme ziplock rempli de mon lait congelé et un sentiment de vide immense.

On a traversé les journées de noirceur et de confusion qui ont suivi grâce à plusieurs personnes qui se relayaient pour tenir une torche éclairée à nos côtés à tout moment. Cette présence, cet état de veille autour de nous m’a aidé à ne pas sombrer, m’a permis de consacrer toute mon énergie à prendre acte de ce qui se passait, à habituer mon esprit à cette nouvelle réalité inconcevable. To wrap my mind around it, autant que faire se peut.

« vous allez avoir des hauts et des bas »

Aujourd’hui, je me sens assez loin de ces journées d’errance et de confusion. Pourtant, j’en ai vécu encore la semaine dernière. Il y a quelques jours, comme à bien des moments depuis le 1er février, j’ai eu l’impression de me noyer. L’impression que je ne pourrais plus jamais bien aller. Au cours de ces heures-là, ça me semble une évidence. Je suis condamnée à vivre dans ce monde vide. À errer sans but, en tentant de sauver les apparences.

Aujourd’hui, je ne sais pas ce que c’est. Le soleil qui est enfin de retour, le mercure qui a grimpé, l’impression d’avoir accompli plein de choses cette semaine? Je me suis sentie bien à peu près toute la journée. Sur un high un peu mystérieux.

Je me suis sentie attendrie et calme en voyant le bébé qui m’avait tant chamboulée lundi. Je vois les photos de Paul et je le trouve beau. Je l’aime. Ma gorge se serre en le regardant, mais l’air passe. Les larmes montent, mais ne débordent pas.

J’ai une bonne journée.

Évidemment, c’est pas aussi simple que ça. J’ai peur de ce que ça veut dire, avoir des bonnes journées en ce moment. Peur de ce que ça implique par rapport à Paul. Peur de le laisser tomber.

J’ai une bonne journée.
J’essaie de m’habituer à l’idée avant que le soleil ne se couche.

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Une réflexion sur “les hauts et les bas

  1. I am so sorry that you had to live with so much loss as a young person. Then, to have your precious Paul, you must have been elated…, maybe even in some ways redeemed, although I cannot claim to know how you feel.

    The « good » days (or shall I say days when drowning is not the primary description) are not simple at all, are they? I really can’t say that I’ve had days of feeling productive since Zachary died, or that I would characterize as good… yet. I have had a moment of respite, while watching a movie, for instance. But, I almost feel like I pay for it in retrospect. My grief howls « how dare you turn away from your sadness and grief », and I am hit once again with Zachary’s loss and absence. In these early days, it’s sometimes not worth it (for me, that is) to attempt to keep busy or distract myself.

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