je veux

mon tout petit Paul,

Me vois-tu? Je suis consumée par ce deuil égoïste et solitaire.

Je veux être fatiguée parce que tu n’as pas dormi de la nuit, je veux être épuisée parce que tu es en pleine poussée de croissance. Je n’en peux plus d’entendre les autres parents qui ont le luxe de se plaindre du manque de sommeil.

Je veux en avoir marre de nettoyer des couches lavables. Je veux les voir flotter au vent sur une corde à linge installée exprès pour ça. Je ne supporte pas le vécu pourtant valide des autres parents. Ceux pour qui il n’y a plus rien de romantique à l’idée des couches qui sèchent au soleil. Lire la suite

kamouraska

Kamouraska00paul

j’ai essayé de te voir
dans le ciel et les nuages
dans les pieds de vent

j’ai essayé de t’entendre
dans les rires
dans ces syllabes maintenant lourdes
kamouraska

j’ai essayé de te sentir
dans le vent qui nous décoiffait
dans l’air marin
dans les roseaux sous mon dos
dans les galets et le sable sous mes pieds

je t’ai aperçu
je crois
dans le poil roux du renard qui a tourné la tête sur notre passage

j’ai senti ton absence
fort
dans toute cette escapade

je t’aime
Lire la suite

histoire de naissance(s)

In psychotherapy, a narrative is a story we tell ourselves. Every time we tell a story, according to Narrative Therapy, our stories then change, because we change the story by just telling it. In doing this, we allow our brain to file away different parts of the story; parts that are hard or parts that are traumatic. Through this process we learn how to come to terms with the loss and the trauma, by slowly accepting the reality of our current situation.

— Lindsey Henke. « Why Your Birth Story Matters ». Still Standing Magazine.

Depuis quelques semaines, j’écris beaucoup sur moi-même. J’écris à Paul, je pense à lui énormément, mais j’ai de la difficulté à écrire sur lui. La relation que nous avons eu a été intense et fusionnelle mais nous n’avons vécu que les premiers balbutiements de la découverte mutuelle. Connait-on vraiment un si petit bébé? Dans les débuts de la relation avec un enfant, j’ai l’impression qu’on se rencontre beaucoup soi-même. À tout le moins, je peux affirmer que je me suis sentie intensément face à moi-même dans l’arrivée au monde de Paul. Lire la suite

deuil impossible

[…] peut-on espérer que celui ou celle qui a perdu un enfant puisse desserrer quelque peu le nœud qui lie la souffrance et la fidélité à la mémoire? Il semble tout d’abord que ne plus être accablé serait comme renier l’attachement à celui ou celle qui s’en est allé. Il faut que tout à chaque instant nous rappelle l’absence. Rien ne doit être modifié de la vie de l’enfant perdu. La vie doit s’arrêter.

François Roustang, « Deuil impossible », dans Jamais de la vie : écrits et images sur les pertes et les deuils. 2001, p.17-18.

 

my tentative translation:

[…] can we hope that someone who has lost a child may loosen the knot tying suffering and loyalty to memory? At first, it seems that not being afflicted would be like disavowing our attachment to the lost one. All moments need to be reminders of their absence. Nothing can be modified from our lost child’s life. Life must stop.

les tranchées

lesideesRécemment, j’ai lu Les tranchées, ouvrage collaboratif écrit par Fanny Britt sur la maternité.  Son sous-titre, « Maternité, ambiguïté et féminisme, en fragments, » m’avait accroché lors de sa publication, qui coïncidait avec la fin de ma grossesse. Le temps de le commander et de le recevoir par la poste, Paul était arrivé et occupait tout mon temps. Puis, la réalité a basculé, Paul est décédé. Me laissant face à un vide immense. Et sans aucune envie de lire des réflexions sur l’ambiguïté de l’expérience maternelle. L’extrême désarroi et les sentiments d’ « inadéquatitude* » qui m’habit(ai)ent expulsaient tout désir de réflexion féministe de mon esprit.

Lire la suite