à tort ou à raison

Pendant que j’étais enceinte, au milieu de lectures sur l’accouchement idéal, le maternage, l’allaitement et les pressions contradictoires subies par les “femmes modernes”, je m’étais promis de tenter autant que possible de ne pas constamment me sentir coupable. J’étais déjà consciente de ma tendance à culpabiliser sur tout à tort ou à raison. Je me répétais que c’était certain que nous ferions des erreurs comme parents, que nous aurions des moments de doutes sur la meilleure approche à adopter avec notre bébé.

Les choses étant ce qu’elles sont, évidemment, j’ai toute la misère du monde à ne pas me laisser emporter par un sentiment de culpabilité étourdissant, à ne pas me laisser bouffer de l’intérieur.

Avec le papa de Paul, on a rêvé pendant des mois à notre bébé intrépide, aux aventures qu’on allait vivre ensemble. Pendant les trois semaines entre notre sortie de l’hôpital après la naissance et l’admission aux soins intensifs, on a vécu ce qu’on s’était imaginé. Paul est sorti souvent avec nous, collé sur l’un-e d’entre nous dans le porte bébé. On l’a amené dans le bois, au restaurant, à une réunion féministe, à une manif, même à la cour municipale. On a fait quelques visites, on a reçu plein de gens à la maison pour qu’ils puissent le rencontrer…

Le jour de l’arrêt cardiaque de Paul, j’étais partie à pied, avec le porte-bébé. J’avais l’impression que rien allait nous arrêter, et je me sentais tellement satisfaite/fière/heureuse de me dire qu’on allait pouvoir amener notre petit marcassin partout, tout vivre avec lui. C’est portée par ces émotions là que je l’ai allaité pour la dernière fois, debout dans la pharmacie.

Ces sentiments me paraissent maintenant tellement lointains. Je ne sais pas si je serai un jour capable de retrouver la confiance que j’avais. Si je vais réussir à passer par dessus mon impression que j’aurais dû faire autrement, être moins téméraire. Si j’ai un autre enfant — quand j’aurai un autre enfant — j’ai peur de me conformer sans le vouloir au modèle parental que j’ai toujours rejeté. J’ai peur de devenir apeurée, surprotectrice, envahissante…

Mais comment apprivoiser cette culpabilité maternelle/parentale alors que ma réalité comme mère s’est transformée si radicalement? Alors que le pire qui pouvait arriver est déjà arrivé…

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2 réflexions sur “à tort ou à raison

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