effacé

J’ai un nouvel emploi (j’ai un autre texte qui mijote à ce sujet). Je travaille avec des gens que je ne connais pas encore, et qui ne me connaissent pas encore. Je travaille dans un bureau ouvert, avec mon ordinateur personnel. Pour faire de la place à des nouveaux logiciels, je fais du ménage dans mon ordinateur.

Mon fond d’écran depuis des mois est une photo partagée ici il y a longtemps. Mon père et moi / mon fils et moi. J’adore cette photo de Paul. Elle me rappelle le sentiment de fierté débordant vécu au moment où elle a été prise. Je me rappelle avoir été encore plus fière quand la grand-mère de Paul l’avait vue :  » Il est tellement fort pour un bébé de trois semaines! » Comme si nous n’étions pas, l’une et l’autre, complètement biaisées!marcassin Lire la suite

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octobre

L’été a traîné mais il a fini par s’en aller. Ça y est, la fraîcheur des nuits d’automne s’est installée. Je fais quelques pas à l’extérieur du chalet. Le sable crisse sous mes semelles. La nuit tombée presque trop tôt est claire. La grande ourse au-dessus de moi pointe ton étoile. Polaire.

Tu m’as manqué pendant cette journée et demie hors de la ville. Ces lieux me rappellent les journées d’automne passées à t’attendre, à te rêver. Ça m’étourdit de constater que quatre années ont passé depuis. Tu étais minuscule alors. Tu n’étais presque pas encore.

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aimer

J’aurais aimé te soulever
te faire passer par dessus la barrière de métal
Ton père t’aurait déposé doucement par terre avant d’attraper Aimé pour le mettre sur ses épaules
J’aurais aimé te regarder courir a ses côtés
J’aurais aimé voir ta fierté à passer le fil d’arrivée
sous le soleil de midi-moins-dix

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changement/s

Je ne sais pas à quel moment j’ai arrêté de pleurer tous les jours, après des mois à cohabiter quotidiennement avec les larmes en tout genre — les silencieuses et celles qui ressemblaient à des cris, celles de la rage et du désespoir, celles qui se mélangeaient à des souvenirs heureux et furtifs, celles de la fatigue d’avoir trop pleuré. Éventuellement, sans m’en rendre compte, les pleurs se sont faits moins violents, moins fréquents.

Pendant longtemps ensuite, la vue d’une poussette, d’un ventre arrondi ou d’un bébé de l’âge de Paul suffisait à me chambouler, à désorganiser mes heures et mes journées. Ça s’est poursuivi après l’arrivée d’Aimé, mais petit à petit, j’ai retrouvé un genre de normalité émotionnelle. Les bonnes journées ont pris le dessus sur les moins bonnes. Les moments de découragement et de tristesse débordante se sont espacés.

Ils sont devenus rares.

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autour de l’Isle

Nuit agitée sous la tente. Nous n’avions pas encore fait de camping cette année et Aimé semble avoir oublié les joies de dormir en plein air. 

Nuit agitée sous la tente. Les mots se bousculent dans mon esprit assez longtemps pour essayer d’y mettre de l’ordre du bout du pouce, en tentant de camoufler la lumière de l’écran de mon téléphone. J’ai esquissé trop de textes ces derniers mois, que j’ai abandonnés faute de temps pour réellement explorer les idées et les émotions qui les inspirent. 

Le temps continue de laisser sa marque profonde sur mon expérience du deuil et sur la relation que j’entretiens avec Paul. Si la peine se transforme et s’amenuise, la présence de Paul dans mon quotidien demeure. Stable. Profonde. Rassurante. 

La tente est plantée dans un camping de l’Isle-aux-Coudres. Dans quelques heures, nous pendrons le départ d’une course à laquelle je me sens fermement liée. C’est ici que j’ai rencontré P. quelques minutes avant le départ de la première édition de cette course autour de l’Isle. C’est ici aussi que nous avons souligné les six premiers mois de la vie sans Paul. En courant. Entouré.e.s d’ami.e.s qui nous accompagnaient. D’ici et d’ailleurs. 

Dans quelques heures, je prendrai le départ du 10km avec Aimé dans la poussette. P. sera déjà parti pour la boucle de 23km. 

Je n’ai jamais participé à une course avec la poussette alors j’appréhende un peu la réaction d’Aimé et ma capacité à me pousser tout en le poussant lui. Et la pluie qui risque fort de nous tomber dessus. 

On verra. On s’adaptera. 

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Dans le gymnase d’une école primaire locale où nous récupérons nos dossards pour la course, des pancartes indiquent les différentes distances qu’il est possible de parcourir. En voyant celle du 1km, je dis à la blague à Aimé:  » Cours! Commence à t’entraîner pour l’an prochain! »

Je ne peux m’empêcher de me demander si Paul, du haut de ses trois ans et demi, aurait eu envie de prendre le départ. 

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Il y a trois ans, nous avons couru pour Paul. Demain-ce matin, je courrai encore pour lui. 

un rêve

J’étais dans une espèce de fête foraine. Un de ces endroit dont les rêves sont construits — réalistes au moment où on les vit, mais inexplicables après le réveil. C’était la fête, l’été, mais la scène n’était pas complètement légère — les tableaux qui se succédaient comportaient aussi des éléments inquiétants. Une rumeur d’alerte à la bombe, je crois.

J’étais là, sans mon bébé. Je le savais absent, mais je n’étais pas inquiète.

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